Trente ans à écouter
J’ai commencé à travailler en 1990, comme surveillante dans un établissement scolaire, pour payer mes études. Puis j’ai vendu, pendant près de vingt ans : de l’assurance vie chez les particuliers, de la traduction, la saison d’un auditorium. Mon métier consistait à entrer chez des inconnus, à les écouter, et à trouver ce dont ils avaient réellement besoin.
En 2019, à Mayotte, j’ai rejoint le centre communal d’action sociale de Koungou, sur l’accompagnement des jeunes et l’insertion. Six ans à recevoir, écouter, orienter, et faire tenir des parcours avec des moyens contraints. C’est là que les deux moitiés de mon parcours se sont rejointes.
Février à juillet 2024
En février 2024, il y a eu un choc dans ma famille. Je n’en dirai pas plus ici, ce n’est pas seulement mon histoire.
J’ai tenu cinq mois. Je suis allée travailler tous les jours, avec de moins en moins d’énergie, en me disant que ça passerait. En juillet, mon corps a dit stop.
C’est ce que je veux dire aux femmes qui me lisent : on ne s’effondre pas le jour du choc. On s’effondre des mois plus tard, quand on a fini de tenir.
En octobre, je commençais ma première formation. Je ne savais pas encore que ça deviendrait mon métier.
Décembre 2024
En décembre 2024, je n’étais pas à Mayotte. Cette année-là, j’ai eu besoin d’être avec ma famille pour les fêtes, ça ne m’était pas arrivé depuis 2019. Je suis partie en France.
Le cyclone est passé pendant ce temps. Mon mari, lui, était resté à Mayotte pour son travail. Notre maison n’a pas résisté. Notre vie là-bas n’est plus la même, et elle ne le sera plus jamais.
Depuis juillet, j’apprenais à écouter les signaux de mon corps. Je n’en tire pas de leçon mystérieuse. J’en tire une conviction de travail : il vaut mieux apprendre à s’écouter avant le point de rupture qu’après.
Ce que j’en ai fait
Je me suis formée. Au développement personnel, à la respiration, à la méditation, au yoga du rire, et aujourd’hui aux pratiques somatiques, celles qui passent par la sensation avant de passer par les mots.
Le rire est arrivé en dernier, et c’est lui qui m’a le plus surprise. Rire sans blague, sans raison, en groupe, jusqu’à ce que le corps prenne le relais : la première fois, j’ai trouvé ça absurde. Aujourd’hui, c’est ce que j’anime avec le plus de bonheur.
En janvier 2026, j’ai créé mon activité. Je ne fais pas ce métier parce que j’ai lu des livres. Je le fais parce que j’ai eu besoin de ces outils, que je les ai testés sur moi pendant des années, et qu’ils tiennent.